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Arménie: heurts entre manifestants et policiers à Erevan, menace d'état d'urgence

Par Par Antoine LAMBROSCHINI AFP - Samedi 1 mars, 19h21

EREVAN (AFP) - Des heurts se sont produits samedi soir entre des opposants arméniens, rassemblés par milliers sur une place d'Erevan, et la police antiémeutes, tandis que les autorités ont menacé de décréter l'état d'urgence.

Des manifestants ont d'abord jeté des cocktails molotov et des pierres sur des policiers, bloqués par les barricades de fortune dressées sur la place Chaoumian, non loin du siège du gouvernement.

Les policiers ont reculé en lançant des gaz lacrymogènes. Puis, concentrés sur un côté de la place, ils ont chargé la foule, qui criait "nous combattrons jusqu'à la fin !", réclamant la libération du chef de l'opposition Levon Ter-Petrossian.

Celui-ci, placé en résidence surveillée samedi matin, conteste sa défaite à la présidentielle du 19 février face à Serge Sarkissian, le candidat du pouvoir, que l'opposition accuse de fraudes.

"Serge pars!", scandaient également les manifestants, dont le nombre était évalué par l'AFP à entre 6.000 et 8.000, certains courant avec sur la tête des casques abandonnés par des policiers.

Les opposants ont construit de nouvelles barricades avec une dizaine de voitures en feu.

Le ministre des Affaires étrangères Vardan Oskanian a menacé, au nom du président sortant Robert Kotcharian, de "décréter l'état d'urgence" dans cette ex-république soviétique du Caucase "si la situation continue à s'aggraver".

"Le gouvernement ne peut pas tolérer cette situation plus longtemps", a-t-il ajouté, assurant que l'opposition se préparait à la "confrontation".

Les dirigeants de l'opposition avaient de leur côté appelé au calme les milliers de manifestants, après l'assignation à résidence de Levon Ter-Petrossian, interpellé au petit matin sur la place de la Liberté, où 1.500 manifestants campaient dans un village de tentes, sur le modèle de la Révolution orange de fin 2004 en Ukraine.

Trente-et-une personnes ont alors été blessées, dont six policiers, a fait savoir le ministère de la Santé, et le village de tentes a été démantelé. La police a annoncé la saisie d'armes, notamment de pistolets, alors que l'opposition qualifie de "provocation" les accusations de préparation d'un coup d'Etat.

Les opposants affirment que 16 personnes ont alors été arrêtées, dont Hrant Bagratian, porte-parole de M. Ter-Petrossian.

La présidence slovène de l'Union européenne a appelé samedi le gouvernement arménien à libérer Levon Ter-Petrossian ainsi que les manifestants incarcérés, se disant "profondément préoccupée".

Le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Terry Davis, a réclamé la "libération immédiate", avec la levée de son assignation à résidence, de celui qui a été président de l'Arménie de 1991 à 1998.

Le chef de l'opposition s'est toutefois prononcé pour la poursuite du mouvement, qui a rassemblé chaque jour à Erevan depuis le 20 février des dizaines de milliers de ses partisans.

"La balle est dans le camp de Levon Ter-Petrossian. C'est le seul candidat à n'avoir pas tendu la main au Premier ministre" Serge Sarkissian, a jugé le ministre des Affaires étrangères, dont plusieurs collaborateurs ont rejoint l'opposition.

Vendredi, Artour Bagdassarian, arrivé troisième à la présidentielle avec 16,6% des suffrages, avait accepté de former un gouvernement de coalition avec M. Sarkissian, élu avec 52,8% des voix.

M. Ter-Petrossian, deuxième avec 21,5% des suffrages, avait de son côté rejeté ce compromis, insistant sur l'organisation d'un nouveau scrutin.

Les observateurs de l'OSCE avaient considéré que la présidentielle avait été "dans l'ensemble conforme" aux engagements internationaux, au grand dam de l'opposition.

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